Entretien avec Jean Sébastien Goulet, doctorant associé à la Chaire de leadership Pierre-Péladeau

Jean Sébastien Goulet est étudiant au doctorat en administration à HEC Montréal et associé à la Chaire de leadership Pierre-Péladeau. À la veille du dépôt initial de sa thèse intitulée « La gestion de la colère dans l’exercice du leadership auprès de subalternes : le cas de managers chinois », il nous accorde un entretien sur son cheminement.

Jean Sébastien Goulet à Lijiang, dans la province du Yunnan en Chine.

Parlez-nous un peu de votre parcours avant le doctorat…

J’ai fait mon baccalauréat en marketing à HEC Montréal. À cette époque, j’ai suivi un cours que j’ai adoré et qui m’a particulièrement aidé : le cours « Leaders et leadership ». Puisque j’aimais beaucoup l’enseignement et l’École, j’aspirais alors à donner ce cours à HEC Montréal. Mais je devais d’abord compléter un doctorat. J’ai donc entamé une maîtrise pour ensuite faire un doctorat. Parallèlement à mes études, j’ai aussi enseigné au cégep à temps plein. C’est vraiment au cégep que j’ai développé mes aptitudes en enseignement et ça s’est confirmé : j’adore enseigner! Depuis la fin de ma maîtrise, et jusqu’à ce jour, j’ai le privilège de donner le cours « Leaders et leadership » comme chargé de cours. Le doctorat m’a aidé à développer davantage mes aptitudes en recherche pour une carrière universitaire.

Pourquoi le cours « Leaders et leadership » vous fascinait à ce point?

Le phénomène du leadership et ce qui amène les gens à en suivre d’autres m’ont toujours fasciné. Particulièrement sous l’angle de la psychologie des individus. Le déclic s’est fait ici, à l’École, en organisant l’activité « Rencontre avec un leader » où des gens d’affaires se faisaient interviewer sur leur parcours. Cela m’a amené à me poser la question suivante : qu’est-ce qui amène une personne à être un leader dans un environnement et ne plus avoir la même influence ailleurs? Je voulais savoir ce qui se passait à l’intérieur de la personne et comprendre sa façon d’aborder les problèmes et ses émotions.

Cela vient rejoindre l’objet de votre thèse qui est en lien avec la gestion des émotions. Pouvez-vous brièvement décrire son sujet principal?

Je m’intéresse à la manière dont les gestionnaires chinois réagissent à une émotion de base comme la colère. Le but de ma recherche est de mieux comprendre un phénomène lié aux émotions des gestionnaires. Dans le cas de ma thèse, j’ai choisi plus précisément la manière dont les gestionnaires chinois gèrent leur colère quand ils veulent exercer du leadership au travail. La colère au travail n’est pas quelque chose d’instantané uniquement relié à l’événement. C’est aussi très relié à l’expérience passée de la personne, à l’idée qu’elle se fait de ses objectifs et des raisons qui l’amènent à faire ce qu’elle fait. Ce qui est particulier, c’est que j’ai utilisé une approche psychodynamique pour comprendre ce phénomène, ce qui était une nouveauté dans le cadre d’une recherche sérieuse faisant participer des hauts dirigeants chinois. Au lieu de regarder l’environnement, j’ai plutôt regardé ce qui se passe chez la personne en lui demandant : « Racontez-moi votre perception de tel ou tel incident; comment avez-vous vécu la situation? »

Pourquoi avez-vous choisi ce sujet?

Mon épouse est originaire de Chine. J’ai donc passé beaucoup de temps là-bas. Au travers mes voyages et mes relations avec le peuple chinois, dont mes beaux-parents, j’ai remarqué qu’ils contrôlaient beaucoup leurs émotions et qu’ils géraient la colère différemment. Je voulais découvrir et comprendre les processus mentaux qui se cachaient derrière cela et ainsi dépasser les préjugés. En creusant un peu plus sur le sujet, j’ai fait un lien avec un texte que j’avais lu et qui expliquait que la colère est l’émotion la plus dommageable au leadership des managers. Je me suis dit : « Si la colère est l’émotion la plus dommageable au leadership, une meilleure gestion de la colère devrait nous aider à maintenir de bonnes relations d’affaires. » J’ai alors commencé à interviewer en Chine des managers de haut niveau. L’un des objectifs de ma thèse est de permettre à quelqu’un qui veut faire des affaires en Chine de mieux comprendre l’aspect des émotions dans la culture là-bas. Si tu ne comprends pas pourquoi l’autre contrôle ses émotions, tu vas peut-être endommager la relation d’affaires sans le savoir. L’idée, c’est de comprendre comment le vécu et le contexte amènent une personne à développer des comportements par rapport à ses émotions, particulièrement la colère. Ainsi, il s’agit d’apprendre à mieux accepter les situations et les gens tout en sachant mieux les interpréter.

Quel était le plus grand défi relié à ce projet et qu’avez-vous apprécié le plus?

L’un des défis considérables de ma recherche fut d’ajuster ma méthodologie, basée sur des entrevues, à la culture chinoise et des gens qui se confient peu. C’est ce dont je suis le plus fier. Sans cela, ma thèse n’existerait pas. J’aimerais d’ailleurs écrire un article sur la façon dont j’ai été en mesure de faire parler des personnes qui normalement ne se confient pas sur leurs émotions. Chaque fois qu’une personne me révélait une confidence utile pour ma recherche, c’était pour moi une victoire. Ce que j’ai le plus apprécié durant le doctorat, c’était justement le plaisir d’obtenir ces informations tout en créant quelque chose d’utile et de pragmatique. Le processus de création était vraiment passionnant : j’avais l’impression d’être un entrepreneur du savoir et d’avoir produit une œuvre originale et utile de…550 pages!

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux futurs doctorants?

D’abord, je pense que pour rester motivé, il faut choisir un problème de notre société qui nous irrite et qu’on souhaite régler ou un phénomène qu’on veut comprendre. Ensuite, c’est important d’être pragmatique face à sa démarche : une thèse est plus valorisée quand elle apporte des solutions. Je conseille donc de choisir un sujet qui nous passionne, et ce, peu importe le domaine. L’avantage d’étudier en gestion, c’est qu’il y a toujours moyen de créer des liens tout en restant ancré dans son champ d’études. Dans mon cas, j’ai fait un lien entre la gestion, la Chine et les émotions humaines, des sujets qui me passionnent et me passionneront pour longtemps!

Propos recueillis par Stéphanie Rioux-Wunder

2017-09-19T18:51:07+00:00 20 mars 2017|